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lus d’une trentaine de visites… Joan et Lionel Milner ont peut-être établi un record. Ils sont de la génération des « repeaters ». Aujourd’hui encore, ce marché représente … % de nos visiteurs, soit … % plus qu’il y a dix ans. 

MilnerUn timbre-poste. Une mini-aquarelle, de lagon bleu, de plage, de cocotiers. Il a suffi d’un petit bout de papier pour faire naître chez cet enfant de Southport, ville de la côte ouest de l’Angleterre, un immense rêve. « J’avais dix ans et je collectionnais les timbres. Je me suis dit : un jour, j’irai là-bas. Et pendant toutes ces années, ce timbre de Maurice ne m’a pas quitté… » Lionel Milner a 83 ans aujourd’hui et de l’île, il a amassé bien mieux que des images : tant de souvenirs…

Ces vingt-cinq dernières années, avec son épouse Joan, Lionel est revenu en vacances chaque année, parfois même deux fois l’an, et à chaque fois pour un long mois. Ils logent toujours au même hôtel, le Tropical Attitude, à Trou d’Eau Douce. « Nous avons toujours aimé l’Est. Il y a une bonne brise et on est protégé du soleil. Dans cet hôtel, toutes les chambres ont vue sur le lagon, avec l’île aux Cerfs et les montagnes, le va et vient des pêcheurs entre les catamarans, les vagues de Palmar qui s’écrasent sur la barrière de corail… »

Le déclic est venu d’un timbre, le choix de l’hôtel, d’une campagne publicitaire. « Lorsque j’étais encore dans la vie active, nous allions régulièrement en vacances dans les îles, aux Caraïbes, aux Maldives… Nous sommes aussi allés à l’hôtel Belle Mare souvent. Et puis en 1994, nous avons vu une publicité à la télé sur Le Tropical, qui était à l’époque géré par Naiade. Nous avons voulu essayer… » Nouveau coup de foudre. Pour le personnel cette fois, « so friendly and caring ». Tout le long de leur récit, Lionel et Joan n’auront que ces mots à la bouche.

Comme pour confirmer leurs dires, Christophe s’approche avec un cocktail. C’est une spécialité que le bar ne fait plus que pour Lionel, une pinacolada revisité. « Le personnel connaît mes goûts, anticipe mes besoins. Il sait la quantité de lait que je prends avec mon thé ! Nous n’avons trouvé dans aucune des destinations que nous avons visitées un tel accueil… » Joan l’interrompt pour raconter Christophe. « Il était serveur quand nous sommes venus pour la première fois. Aujourd’hui, il est Manager. C’est dire comme cet hôtel est attachant, comme il sait retenir son personnel. »

De Christophe et de bien d’autres, Joan dira encore les mariages, premières communions et autres dîners de famille auxquels le couple a été – et continue – d’être invité, elle raconte les napperons et les chaussons qu’elle leur a tricotés face à la mer… En 25 ans de visite, ce sont de réelles amitiés qui se sont tissées. Des liens qui expliquent pourquoi ils ne cherchent pas à séjourner ailleurs. « A chaque fois que nous débarquons à l’hôtel, nous sommes accueillis par un visage connu et un Welcome Home. Tout le monde se souvient de notre nom. C’est un peu notre deuxième maison… »

Dans cet attachement, il y a le sentiment de sécurité qu’inspire l’endroit. Pour un couple âgé, c’est important, disent-ils. « Nous nous sommes toujours sentis en confiance. Nous avons adoré marcher jusqu’au village ou prendre le bus, une formidable façon d’admirer les champs de canne en fleurs et de rencontrer des gens. Tout le monde parle anglais et on fait sans mal la conversation », raconte Joan.

« Aujourd’hui encore, lorsque nous nous promenons, il y a toujours quelqu’un qui nous hèle, un pêcheur de l’endroit qui nous reconnaît… », ajoute Lionel.

Parmi les gens de mer surtout, Lionel est un visage connu. Car la mer, c’est son élément. « Ca fait des années que je fais de la plongée avec Ben », lance-t-il fièrement. Quand ce n’est pas la plongée, c’est le laser ou la natation, plus de deux heures chaque jour. « Se sentir en confiance dans l’eau, c’est extrêmement rare. Ici, il n’y a pas de courant dangereux et le lagon est protégé par les récifs. De plus, il y a toujours quelqu’un pour vous venir en aide. J’ai déjà eu un accident de laser. Un pêcheur est allé chercher des outils chez lui et est revenu me dépanner… C’est extraordinaire », dit-il.

« The swimming is so good… » Mais quid de la plage?

Petit nuage dans le regard de Lionel. Le sable devant Le Tropical a quasiment disparu, cédant la place à un muret léché par les vagues. D’ailleurs, à l’abri des regards, un discret chantier se déploie sur le toit du restaurant principal de l’hôtel. On y aménage une plate-forme pour les bains de soleil, car il n’y a plus d’espace sur la plage pour déployer les transats. Dans la mémoire de Lionel Milner pourtant, la plage est bien présente. Aussi nette que dans son album photo, qu’il s’empresse de montrer… « La première fois que nous sommes venus, elle était parfaite. Vous voyez, le parasol sur la photo. Et puis, il y a cinq ans, grosse déception, plus de parasol, plus rien… »

Qu’à cela ne tienne. Se prélasser au soleil, ce n’est pas dans leurs habitudes, de toute façon. Et Lionel se se laisse pas aller à la nostalgie, même s’il regrette les coins sauvages de l’île aux Cerfs, aujourd’hui envahie, même s’il ne croise plus de charrettes de boeuf, et même s’il ne peut plus « scuba dive with the sharks », qui sont tous partis pour la Réunion, rigole-t-il… L’essentiel n’a pas changé : l’accueil. Vraiment ? Il balaie d’un revers de main les allusions à une baisse dans la qualité de service. « De notre point de vue, c’est toujours la même efficacité. Même les jeunes sont surprenants. En plus, la qualité des repas s’est nettement améliorée depuis quelques années. Et puis, nous ne cherchons pas la perfection, mais des attentions… Et le staff en a toujours pour nous surprendre. »

Lionel et Joan disent avoir besoin de telles vacances. Ils continuent de mener des vies très actives. Lionel, mécanicien automobile, agit comme consultant dans le garage qu’il a créé avec son père, alors que Joan, avouée de profession, est une grand-mère active de six petits-enfants. « A chaque visite, nous sortions beaucoup, des ballades, des visites à des connaissances. Aujourd’hui, nous avons besoin de repos… Et c’est ici que nous comptons nous régénérer… Until health or money run out… »

Encadré : qui sont les repeaters en chiffres. 

Légende : Hôtel de 58 chambres, Le Tropical a été acquis par Attitude en 2001 et rénové en 2017.